You know where you are ? You’re in the jungle, Mamie !

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« Palpitant »Chasse et pêche
« Vous n’en sortirez pas vivant ! »Croque-mort Magazine
« Une histoire de dingue, les enfants »Pomme d’Api
« Les vieux c’est trop drôle, en fait »Paris Match

Ça donne envie, hein ?!? Cliquez sur les onglets ci-dessous pour lire l’intégralité du feuilleton de l’automne ↓

Chapitre 1

Dans un petit village (sans nom) de France, dans une région inondée de soleil, de nature et de bonheur, vivait une petite population, heureuse, loin de la modernité des grandes villes. Rien ne pouvait venir perturber ce calme paisible où l’amour et l’amitié étaient les maîtres mots.

Un beau jour, que dis-je, un splendide et magnifique jour, tout se passait pour le mieux dans ce petit village (sans nom), comme à son habitude.

Tout se passait pour le mieux quand soudain :

– « AUX CHIOTTES ! »

Un cri.

Il provenait de la plus grosse bâtisse du village. Une luxueuse maison faite de pierres, plus entretenue depuis bien longtemps.

Ici vivait Mamie Lucette, doyenne du village.

De ce village, Mamie Lucette était le point noir depuis qu’elle avait essayé d’y introduire une machine à coudre, il y a fort longtemps. Très attachés à leurs valeurs et leur simplicité de vie, les villageois avaient vu d’un mauvais œil cette intrusion de modernité. Mamie Lucette vivait ainsi recluse dans sa riche maison, vouant une haine au village entier, au monde entier…

Un drame se déroulait aujourd’hui.
Un drame dramatique !
Terrible !

Un drame qui allait bouleverser l’équilibre tranquille du village (sans nom) : Mamie Lucette manquait de fil pour sa couture…

Chapitre 2

Mamie Lucette laçait déjà ses chaussures, achetées chez Damart il y a plus de quelques décennies déjà, sinon plus. De la qualité ces pompes ! Si elle sortait, le havre de paix qu’était le village ne serait plus, elle le savait. Mais elle avait besoin de fil pour sa couture, là était le plus important. Au diable le monde !

Lorsqu’elle ouvrit sa porte, le soleil lui brûla les yeux, tant habitués à l’obscurité. Quelques secondes d’adaptation à la lumière du jour et voilà Mamie Lucette qui s’élance au milieu du village ! Dans le temps, elle s’en souvenait, la mercerie n’était qu’à 25 mètres de sa maison, elle avait bonne mémoire !

Sept heures plus tard, la voici en face de la mercerie. Vision d’effroi ! Elle n’était plus là ! La boutique favorite de Mamie Lucette replacée par un indigne coiffeur ! Le Père Julien devait bien être mort depuis le temps… Et ce coiffeur était si jeune ! Mamie Lucette détestait les jeunes !

– « AUX CHIOTTES ! » s’écria-t-elle férocement.

Mamie Lucette allait devoir se rendre à la grande ville. Elle ne savait pas quoi penser de cette idée. Devait-elle s’inquiéter ou se réjouir ? Pas le temps de réfléchir.

C’est alors qu’elle se dirigeait vers la sortie du village qu’elle aperçut sa pire ennemie d’antan : Madame Roberte.

Chapitre 3

« Que faisait cette vieille Roberte encore en vie ? » pensa-t-elle.

Par le plus malheureux des hasards, Madame Roberte avait elle aussi besoin de fil. Il fallait bien que ça tombe en même temps…

Une course s’engagea instantanément vers la sortie du village, où un autobus attendait pour partir en direction de la grande ville.

Mamie Lucette partit plus vite mais Madame Roberte avait l’avantage du déambulateur ! Rien ne pouvait plus les arrêter, elles fonçaient à travers le village, renversant les poubelles, rayant les voitures de leurs sacs à main et faisant fuir les canards !

Le bus n’était plus qu’à quelques mètres lorsque Mamie Lucette et Madame Roberte se retrouvèrent au coude à coude !

Mamie Lucette asséna un violent coup de poing au visage de Madame Roberte, lui faisant sauter son dentier. Cette dernière s’arrêta pour le ramasser, concédant quelques mètres d’avance à Mamie Lucette, qui sauta dans le bus.

Chapitre 4

Dans le bus qui roulait vers la grande ville, Mamie Lucette était satisfaite. Elle l’avait encore remporté face à Madame Roberte, comme au bon vieux temps.

La grande ville apparaissait déjà à travers les vitres. Elle était si grande et si belle, le bus était allé si vite !

En réalité, Mamie Lucette s’était endormie durant le trajet. Les inconvénients de la vieillesse… Mais elle nageait dans le bonheur ! Elle allait enfin découvrir toute cette modernité qui lui avait manqué durant tant d’années…

Lorsque le bus ouvrit ses portes, Mamie Lucette descendit d’un pas maladroit, manquant de trébucher. L’émotion sans doute. Elle fut éblouie par ces immeubles si hauts, ces routes si belles et ces voitures si neuves…

Elle se mit à chercher la mercerie, demandant son emplacement au peu de passants qui passaient. Mamie Lucette fut diablement étonnée de voir tant de magasins fermés ! Le panneau défilant de la pharmacie au coin de la rue indiquait : 1er Mai, 10 heures.

– « AUX CHIOTTES ! » jura-t-elle.

Il n’y avait pas de calendrier au village qui vivait hors du temps. Personne là-bas ne savait donc quel jour il était. D’ailleurs, il n’y avait pas de jour férié chez eux ! En pleine réflexion sur la fête du travail, elle entendit sangloter derrière elle.

C’était Madame Roberte. Elle avait réussi à s’agripper à l’arrière du bus…

Les deux ennemies désormais perdues, ensemble et contre leur volonté, dans cette jungle de béton qui les faisait tant rêver mais dont elles ne connaissaient rien, n’avaient plus d’autre choix que de s’entraider.

Chapitre 5

Le soleil se levait en même temps que le bruit des voitures.

Mamie Lucette et Madame Roberte ne connurent de leur vie réveil plus difficile que celui-ci, après leur première nuit passée dehors. Jamais un jour n’aurait pu leur paraître moins accueillant qu’ici, sur le trottoir de la mercerie. Cette dernière était déjà ouverte et semblait presque les attendre.

Mamie Lucette et Madame Roberte entrèrent ensemble, presque main dans la main, telles deux amies de toujours, oubliant leur différend passé.

La mercerie était lumineuse, pleine de couleurs, isolée de la violence et de l’agitation extérieure. Tous ces fils, toute cette laine les émerveillait. Il y en avait de toutes les couleurs, du fil à paillettes, de la soie, du nylon. Il y avait des boutons de toutes sortes, des aiguilles, des fermetures éclair ! Il y avait tout.

C’était le Paradis.

Elles discutèrent des heures de leurs créations respectives, de pulls, d’écharpes, de gants, jusqu’à la tombée de la nuit. Il en fut ainsi durant des jours. L’excitation était telle qu’elles ne pensèrent à leur but premier qu’à l’aube du troisième jour.

Chapitre 6

Lorsqu’elles entrèrent pour la troisième fois dans ce qui était désormais presque chez elles, c’était avec la détermination certaine de trouver ce fil qui leur manquait. Elles pensèrent toute deux au Père Julien qui, jadis, tenait la mercerie du village, bien moins conséquente que celle-ci, bien moins passionnante.

Et elles trouvèrent, oui, ce pourquoi elles avaient fait tant de chemin, surmonté tant d’obstacles.

Le fil était là, seul sur son étagère.

Il était beau, très beau. Un rai de soleil lui tombait droit dessus, semblant surgir des cieux spécialement pour lui, pour l’embellir, l’illuminer. Sur son promontoire, il semblait attirer Mamie Lucette et Madame Roberte. Comme hypnotisées, elles s’avançaient vers lui, le regardant, l’admirant, envoutées. Elles marchaient de plus en plus vite, comme si rien n’avait plus d’importance que ce fil, rayonnant, séduisant.

Renversant presque les rayons, négligeant les autres clientes, elles se mirent à courir, espérant tenir en premier la dernière bobine de fil !

Un combat s’engageait, encore, Mamie Lucette et Madame Roberte retrouvant leur rivalité.

Chapitre 7

Madame Roberte, n’écoutant plus sa raison, tenta de plonger en avant pour attraper la bobine sur l’étagère mais se retrouva bloquée par son déambulateur. Mamie Lucette saisit l’occasion et s’empara de l’objet, détalant aussitôt ! Madame Roberte, alors à terre, tenta de lui bloquer les jambes, espérant la faire tomber, en vain. Malheureusement, Mamie Lucette trébucha sur les objets renversés quelques minutes auparavant lors de leur course folle. La bobine lui échappa et Madame Roberte, déjà relevée, s’en empara.

La vendeuse, qui avait assisté à toute la scène, se plaçait déjà devant la porte pour bloquer la sortie. Mais Madame Roberte, lancée à pleine vitesse la percuta, la faisant chuter. S’élançant dehors, Madame Roberte courut du plus vite qu’elle put.

Au milieu du bruit et de la cohue générale de la ville, sans son déambulateur resté à l’intérieur, Madame Roberte paniqua. Mamie Lucette sortit de la boutique, affolée, juste à temps pour assister au drame.

Chapitre 8

Le temps s’était arrêté.

Les voitures ne roulaient plus.

Les passants ne passaient plus.

Seuls les quelques arbres de la ville semblaient murmurer des choses incompréhensibles, avec la complicité du vent.

Déjà, une sirène accompagnait les lumières bleues des pompiers qui s’approchaient, du fond de la rue.

Des ordures jonchaient le sol et parmi elles, Madame Roberte. Elle était là, allongée au sol.

Dans la panique, en cherchant à s’enfuir, elle n’avait pas vu le camion-poubelle arriver sur elle à pleine vitesse. Percutée de plein fouet, elle était immobilisée au sol, le regard perdu, pensive.

Mamie Lucette, s’approcha, sous le choc.

Les deux ennemies se regardèrent, Madame Roberte tenant au creux de sa main la précieuse bobine de fil qui suscitait tant de convoitises. Elle lui sourit, insolente, puis ouvrit sa main blessée, délivrant son trésor.

Mamie Lucette le prit, sans un mot, assistant au dernier souffle de Madame Roberte.

En proie pour la première fois à l’émotion depuis autant d’années que sa mémoire lui permette de se souvenir, Mamie Lucette courut, si vite et si loin quelle put, s’éloignant tant que possible de la scène qui lui avait provoqué cette montée de larmes soudaine.

La vendeuse de la mercerie la regarda partir, sans réclamer son dû, assistant sans le savoir à ce qui fut la dernière aventure de la vie de Mamie Lucette.

Epilogue

Mamie Lucette ne termina jamais sa couture.

Elle resta chez elle, passant ses heures à contempler ce fil, symbole de sa défaite contre Madame Roberte.

Car elle ne se réjouissait pas de la mort de son ennemie de toujours. Cette vieille Roberte était morte vainqueur, le fil dans la main, alors que Mamie Lucette restait bien vivante mais traînant son titre de perdante à jamais. Son honneur en prenait un sacré coup, didjou ! L’occasion d’affronter Madame Roberte ne se représenterait plus…

Que valait-il mieux ? Morte et glorieuse, sans doute…

De toute façon, personne ne serait jamais au courant ! La vie reprenait son court.

Et puis, qui écrirait une histoire dessus ?

Crédit photo à la une : capture d’écran du film John Rambo (Rambo IV), tous droits réservés © 2008 Lions Gate Entertainment

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