Poème de foire

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femme à deux têtes

Salon sisters

T’es trop freaky toi
Avec tes trois paires de bras !
On t’a certainement dit d’aller te présenter
Au cirque Barnum pour te MONTRER !
19ème siècle, il est temps de prendre ton essor,
D’exploser les carcans esthétiques de l’art et du corps
De réveiller chez l’impressionnable public
Leur dégoût mêlé à quelques attraits pudiques.

Subjuguant monstre à deux êtres
Dans ton apparence parfois meurtrie
Tu réverbères les regards décrépis
De ces vieux tremblants opiniâtres
« Tu n’es pas un homme, tu es un monstre ! »
S’exclament-ils tous en traîtres
Si tu es un monstre alors tu es un présage
Une énigme divine ! Que l’on contemple derrière sa cage,
Des tératologues l’ont dit
En allant titiller ton étymologie.

Il s’agirait de te comprendre, de t’interpréter
Mais en aucun cas de t’ignorer
Tod Browning et David Lynch l’avaient peut-être compris
En transformant celui qui suscite l’horreur en un ami
Est-ce qu’une grognasse cupide
Vaut mieux qu’une naine devenue légèrement placide ?
Est-ce qu’un bossu difforme
Vaut mieux que des vauriens n’supportant plus l’hors norme ?
Madeleine Ferron avait un jour à dire :
« Chacun à en lui son petit monstre à nourrir »

Monstre de cœur ou monstre de corps, tu offres
Le pouvoir aux consciences de s’ouvrir comme des fleurs,
D’aimer son propre reflet lorsqu’on lui fait d’immondes grimaces,
D’échapper aux croyances et attitudes établies mais fugaces
Et de retrouver, car en te rejetant nous l’avons oublié
Ce qui précisément devrait bercer notre humanité.

Crédits images :

Ressource étymologique : Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNTRL) http://www.cnrtl.fr/etymologie/monstre

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